du 17 au 23 mai 2003

"La Route du Rosé"
Croisière Espagne 2003
(envoi de Guy Charleux et Pierre Osmont)


Samedi 17 mai 2003 : 10 h 00 - tous sur le pont. Le Gib-Sea 43 à quai impressionne par sa grandeur et l’écheveau massif de ses ficelles jonchant le pont. L’équipage fait plus ample connaissance et le soleil est presque de la partie au dessus de SAINT-CYPRIEN.On décharge, on charge, on range et on transpire en fouinant à bord. Chacun trouve sa place et aménage ce qu’on appelle pompeusement sa cabine. Les couples en couple, les célibataires ….. en couple. (ou presque)
16 h 15 - Teuf Teuf !!! On quitte le quai, mieux que nos voisins qui ont fait le spectacle. Enfin en mer, bleue, pas de surprise ! Les voiles tranchent nettement sur le ciel bleu, pas de surprise, et tirent gentiment notre bateau moderne jusqu’à PORT-VENDRE. Premier accostage et la tension, un instant règne à bord. Plus tard, le mot clé " APERO " retentit dans l’esquif . Le chef de bord, déjà, sait obtenir obéissance et presque discipline. Nuit calme.

Dimanche 18 mai 2003 : On s’embrouille un peu moins dans les ficelles Les repas sont à la hauteur de l’organisation et nous savons que quelques vraies bonnes bouteilles , cachées par notre amiral, sommeillent dans un coffre. Cap sur l’Espagne. Le moteur ronronne accompagné par certains matelots dans le carré. La nuit n’a peut être pas été calme pour tout le monde.

On mouille l’ancre à CALA-CULIP. Le mess d’équipage tourne à plein régime et tournera ainsi pendant notre voyage maritime.

Teuf Teuf !!! puis Eole prend les choses en main. Nous franchissons le cap CREUS avec nos visages crispés. C’est presque le cap HORN ….mais en beaucoup plus gentil. A 16h20, précise, on mouille à CADAQUES. Il fait beau et le village est une véritable carte postale. On jette l’annexe à l’eau et après deux voyages quelque peu mouvementés mais jovials, l’équipage est à terre. Le cadre est pittoresque, nous aussi. On cherche une cave à vins … en vain. Nous avons quelques réserves d’avance, cela évite une mutinerie. La nuit le bateau dorlote son petit monde rêveur.

Lundi 19 mai 2003 : "Pouet Pouet " jusqu’à CALA TUNA puis sous voile, au régime 0 %, cap sur L’ESTARTIT. A bord les pêcheurs exclusivement au gros, pêchent. L’action reste écologique et aucun dommage n’est causé à la faune à "écailles ". Un mouillage sauvage permet au cinquante mètres de chaîne de prendre un bain et aux équipiers une bonne rafale gentille par le chef de bord. La vie de matelot est dure et par moment on se fait un sang d’"ancre". L’ESTARTIT. A terre on s’offre un apéritif avec tapas. Le porte monnaie a souffert mais pas notre estomac. On se replie sur le bœuf Bourguignon du quartier maître de première classe. La vie est belle et le voilier commence à apprécier.

Mardi 20 mai 2003 : Attention les yeux, ça va décoiffer. Coup de tramontane annoncé. Le diesel turbine peinard, l’équipage un peu moins. Tous les gentils matelots et matelotes s’équipent pour affronter la tempête de la semaine. Le chef à nous tous, penché sur sa table à cartes, ressemble à un cap hornier de Fécamp. Notre sort est entre ses mains.

On hisse un tout petit bout de génois et "Vroum Vroum " se calme. Cap sur AMPURIABRAVA, bâbord amure. La c’est plus de la rigolade. La mer s’évertue à nous secouer et le bateau souffre. Malgré nos efforts face aux éléments la catastrophe survient. On cours sur le rouf, on tente désespérément de rattraper " l’inattrappable ". La ligne de traîne est perdue. Il n’y aura pas de poisson au repas de ce soir. Au loin le petit fil blanc coule désespérément avec ses leurres bien brillants dans la lumière solaire. Le mirage de l’anisette ce soir éclaircit les visages.

Bonjour AMPURIABRAVA AND CO. La Mecque des garages à bateaux nous accueille avec bateau pilote. On se refuse rien. Le FLORISA remonte les canaux dirigé de façon magistrale (oui il faut le dire) par un grand matelot dont je suis obligé, par pudeur, de taire le nom. Avec les yeux fixés sur bâbord, et ceux du seul maître après Dieu sur tribord, les bouchons des nombreux pêcheurs n’ont qu’à bien se tenir. On louvoie, ça fait rêver le reste de l’équipage. Les pêcheurs semblent solidaires du barreur. La prise de quai est particulièrement réussie malgré un nœud de chaise qui refuse obstinément de collaborer. Opération douche, ça sent le phoque à bord. Une mission part en quête d’ une cave à vin, BINGO !!! Le rosé et le Porto sont deux nouveaux passagers.

Mercredi 21 mai 2003 : Le vent est frais, la mer gigotte et le bateau bougeotte. A bord ça baigne car les embruns volettent dans la brise. Au loin, mystérieuse, la côte étend sa férocité féline. On prend un coffre à CADAQUES. L’opération nous coûte une bouteille de grand vin de Bourgogne emmenée fébrilement par le propriétaire espagnol de la bouée. Le temps est maussade et la nuit le bateau remue sans vergogne emprisonné par le truc à piller les caves.

Jeudi 22 mai 2003 : avec l’aide de piston gazoilé, on repasse sous le fabuleux CAP CREUS. La routine quoi ! Une matelote à pris la couleur des bottes de jardin du chef de bord. C’est la tempête stomacale. Plus tard, après une route des plus agréable, sous voiles nous atterrissons à BANYULS ….. à l’heure qui nous conviens la mieux - 11 h 30 – chapeau le skipper !

Le temps est clément et le port accueillant . Nous avons droit à un quai à quinze mètres des toilettes. Un luxe. L’après-midi est réservé au tourisme terrien. Nous visitons l’aquarium local. A éviter. L’endroit souffre d’un manque d’entretien. Ca sent le phoque.

Vendredi 23 mai 2003 : Fin du voyage. On quitte BANYULS vers 8 h 30 au moteur, pépère. En bordure de la côte la douane nous tombe dessus. Le bateau est arraisonné mais le skipper évite les fers. Les trois moustachus contrôlent, fouillent, mais ne trouvent rien. A part le porto en voie d’extinction que pouvaient-ils trouver d’illégal ? On marchande une visite à bord de leur vedette… en vain. Pour le ski nautique avec leur zodiac, pas la peine d’essayer. Des incorruptibles en fait. Ca fera une histoire à raconter. A COLLIOURE on mouille gentiment le long des reliefs pour une plongée. Trois courageux se jettent à l’eau. C’est l’océan Arctique. On mange quant même les moules du coin. On est bien sur notre bateau et le soleil se met de la partie. Non sans regrets nous appareillons sous génois pour SAINT CYPRIEN. Au passage on récupère une boite en plastique avec moteur en grève. (C’est pas notre valeureux Teuf-Teuf) Ce sauvetage rapporte une bouteille de champagne au fier équipage.

Un port, après Glou-Glou Teuf-Teuf , nous rejoignons le quai d’amarrage. Là, après quelques passes de tango argentin entre la bouée de corps mort et le bateau, notre fidèle destrier de la mer reprend son souffle. Nous aussi. Le voilier ami et voisin rentre entre fait, mais lui ne sait pas danser.

La croisière s’achève le soir au resto dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Les poissons de la mer sont dans nos assiettes ; ils étaient bien quelque part !

Demain ce sera nettoyage, balai-brosse, serpillière avec un ticket pour le retour au pays


ASCOLA BIEN SUR LA MER

Pierre Osmont



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